Fiche ouvrage
 
Code : 21799
Titre : Lettre autographe signée à Théophile Gautier.
Auteur : FLAUBERT (Gustave).
Edition : [Croisset], datée Jeudi 27 janvier [1859], signée.
Année : 1863
Format : Trois pages et demie in-8 sur papier bleu (209 x 133 mm), traces de pliures. Provenance: Anciennes collections Sacha Guitry (1975, n° 207) et colonel Daniel Sickles (I, 1989 , n° 64). Certificat d'exportation joint.
Reliure : Sous chemise en demi-maroquin moderne.
Prix : 6800 €uros
Observations : Superbe lettre à propos de Salammbô. Dans cette longue lettre amicale, Flaubert évoque le séjour de Gautier en Russie (du 15 septembre 1858 au 27 mars 1859), s'emporte contre le monde littéraire parisien et évoque la rédaction de Salammbô dans laquelle il est totalement plongé. Flaubert a appris par le gars Feydeau que Gautier est en Russie et reviendra fin février : Alleluia ! Car je m'ennuie de ta personne incroyablement. [...] Souvent je pense à ta mirifique trombine perdue au milieu des neiges. Je te vois sur un traîneau, tout encapuchonné de fourrures baissant la tête et les bras croisés [...] As-tu fait des verres ? pardon de la question qui est stupide. Je veux dire que tu nous dois un recueil lyrique intitulé les hyperboréennes ou l'Ours Blanc. Impressions parisiennes : Les hommes portent des manches à gigot. Cet amour du manche de gigot me semble un indice obscène, un curieux symbolisme comme dirait le père Michelet. Suit une diatribe sur L'Amour de Michelet : Il ne parle que de ça, ne rêve qu'ovaires, allaitement, lochies et unions constantes. C'est l'apothéose du mariage, l'idéalisation de la vesse conjugale, le délire du Pot au feu ! Puis il décrit en détail la rédaction de Salammbô : depuis trois mois, je vis ici complètement seul, plongé dans Carthage & dans les bouquins y relatifs. Je me lève à midi et me couche à trois heures du matin. Je n'entends pas un bruit. Je ne vois pas un chat. Je mène une existence farouche et extravagante. Puisque la vie est intolérable, ne faut-il pas l'escamotter [sic] ? Je ne sais ce que sera ma Salammbô. C'est bien difficile. Je me fouts [sic] un mal de chien. Mais je te garantis, ô Maître, que les intentions en sont vertueuses. Ça n'a pas une idée, ça ne prouve rien du tout. Mes personnages, au lieu de parler, hurlent d'un bout à l'autre. C'est couleur de sang, il y a des bordels d'hommes, des anthropophagies, des éléphants et des supplices. Mais il se pourrait faire que tout cela fût profondément idiot et parfaitement ennuyeux. Quand sera-ce fini ? Dieu le sait ! Il continue à jouir du mépris des honnêtes gens, et est impatient de revoir Gautier : Il me tarde bien d‘être à la fin du mois prochain - seul avec toi, les coudes sur la table, dans mon humble réduit du boulevard. Flaubert rencontre Théophile Gautier en octobre 1849 lors d'un dîner avec Maxime Du Camp et Louis Bouilhet à la veille de son départ pour l'Egypte. Le 5 septembre 1858, Théophile Gautier, 47 ans, part pour la Russie, un périple de six mois d’hiver, que l’on peut lire dans Le voyage en Russie. Une longue et forte amitié liera les deux écrivains. Ils se voyaient chez Mme Sabatier, chez la princesse Mathilde ou chez Jeanne de Tourbey.
Sources : Pléiade, Correspondance tome III, p. 10 et 11; Exposition Flaubert, Bibliothèque nationale, 1980, n° 274.
Catégories : FLAUBERT;LITTERATURE NORMANDE;
   



© Copyright 2007 - Jacques Tanguy