Fiche ouvrage
 
Code : 20896
Titre : Lettre autographe adressée à [Louise Colet].
Auteur : FLAUBERT (Gustave).
Edition : Sans lieu ni date [Rouen, Janvier 1847].
Année :
Format : Quatre pages in-4, non signée.
Reliure :
Prix : 6200 €uros
Observations : Très belle lettre d’amour du romancier à sa maîtresse Louise Colet. Ils s’étaient rencontrés l’été 1846 chez le sculpteur Pradier à Paris. Il avait alors 24 ans et elle 36. Lui était parfaitement inconnu et elle à l’apogée de sa fausse gloire, lui provincial déjà replié sur lui-même et elle parisienne depuis 15 ans, adulée par les personnages les plus considérables. Elle sortait à peine des bras de Victor Cousin et se jeta avec furie dans les bras frais du nouvel amant. Il hésita, éblouit et sceptique. Il prévint de toutes ses insuffisances, les physiques et les morales, surtout les morales. Ils devaient rompre au début de l’année 1848 mais cette courte mais très intense relation devait enfanter un chef-d’œuvre de littérature épistolaire. Ils devaient se retrouver pourtant en juillet 1851 au retour du voyage en Orient de Flaubert et renouer une relation moins exaltée mais compliquée jusqu’en mars 1855, date de la dernière lettre de Gustave à Louise. La lettre que nous proposons est empreinte de cette flambée passionnelle mitigée d’une certaine réserve de l’écrivain, des sous-entendus laissent paraître une réelle ambigüité dans les sentiments de Flaubert. « Ta lettre de ce matin […] aurait amolli des tigres et je ne suis pas un tigre, va ! Je suis un pauvre homme bien simple et bien facile et bien homme, « tout ondoyant et divers », cousus de pièces et de morceaux, plein de contradictoires et d’absurdité. Si tu ne comprends rien à moi je n’y comprends pas beaucoup plus moi-même. […] Puisque tu m’aime je t’aime toujours. J’aime ton bon cœur si ardent et si vif, ton cœur si vibrant dont la mélopée intérieure se module tour à tour en sanglots tendres et en cris déchirants.[…] Eh, moi aussi je t’aime, lis-le donc ce mot dont tu es avide et que je répète pourtant à chaque ligne. Mais chacun, tu sais, pense, jouit, aime, vit enfin selon sa nature. Nous n’avons tous qu’une cage plus ou moins grande où toute notre âme se meut et se tourne. […] Moi je ne suis peut-être pas fait pour aimer et cependant je sens que j’aime, j’en ai conscience intime et profonde. Ton souvenir me met en mollesse, tes lettres me remuent et je les ouvre en palpitant.[…] Mais peut-être as-tu raison, je suis froid, vieux, blasé, plein de caprices et de niaiseries et égoïste aussi peut-être ! […] Mais l’impulsion première est toujours du Moi, comme dirait le philosophe (Victor Cousin), et converge pour y retourner.[…] On ressemble plus ou moins à un mets quelconque. Il y a quantité de bourgeois qui me représentent le bouilli, beaucoup de fumée, nul jus, pas de saveur. Ca bourre tout de suite et ça nourrit les rustres. Il y a aussi beaucoup de viandes blanches, de poissons de rivière, d’anguilles déliées vivant dans la vase des fleuves, d’huîtres plus ou moins salées, de têtes de veau et de bouillies sucrées. Moi je suis comme le macaroni au fromage qui file et qui pue ; il faut en avoir l’habitude pour en avoir le goût.[…] Vivons donc ensemble puisque tu t’y résignes.[…] je préssentais pour toi tous les ennuis que je t’ai donnés. Ces pleurs que tu verses je les portais déjà dans ma pensée comme une nuée d’orage dans un ciel d’été.[…] Tiens, veux-tu que je te dise une chose qui me pèse sur le cœur, tu vaux mieux que moi. Il t’aurait fallu rencontrer un autre homme. Je sens toute l’infériorité de mon rôle et je sens que je te fait souffrir quoique je voudrais pouvoir te combler de tout, je cherche dans ma pauvre tête et je ne trouve rien, rien, comme si mon cœur était un eunuque qui n’a pour lui que le désir et la souffrance.[…] Adieu chérie, je t’embrasse sur ton pauvre cœur. A toi. […].
Sources : Flaubert, Correspondance, Biblio. de la Pléiade, tome I, p. 426; Gérard-Gailly, Les Véhémences de Louise Colet, Mercure de France, 1934.
Catégories : LITTERATURE NORMANDE;LITTERATURE du 19 au 20 ème;
   




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