Fiche ouvrage
 
Code : 19240
Titre : Satyre Ménippée De la Vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris. Augmenté de nouveau outre les precedentes impressions du Suplément du Catholicon ou Abregé des Estats. Avec les tableaux de jean de lagny.
Auteur : [COLLECTIF].
Edition : S.l, S.n., 1599.
Année : 1599
Format : Petit in-12 de : un titre ( pourtraict de l'auteur au verso gravé sur bois) et 165 pages( mal chiffrées à partir de la page 131: reprise du chiffrage à 121 jusqu'à 141) avec deux gravures sur bois in-texte. Bon état intérieur avec une marge supérieure parfois un peu courte mais sans atteinte au texte. Petitre restauration très ancienne et très bien excécutée en haut des trois premiers feuillets.
Reliure : Très agréable demi-veau blond postérieur, dos à nerfs très orné, pièce de titre rouge, date en pied, tranches peignées (Brigandat). En excellent état.
Prix : 300 €uros
Observations : Par son rôle dans l’Histoire, par ses qualités littéraires, par la spécificité de sa structure, comme par l’ampleur de son succès, la Satyre Menippee de la vertu du Catholicon d’Espagne est l’une des œuvres les plus marquantes du XVIe siècle : en gagnant les rieurs à sa cause, elle prépare dans les esprits la victoire d’Henri IV ; elle surpasse très nettement les autres écrits de combat, en réactualisant avec brio certains aspects du comique rabelaisien et en sortant de l’oubli un genre énigmatique qui cautionne à merveille une forme proprement inouïe. La Satyre Menippee est souvent considérée comme une œuvre de circonstance ; alors que les ligueurs réunissent en 1593 à Paris des états généraux qui doivent assurer l’élection d’un roi catholique et ne sont au final que l’étalage d’oppositions internes irréductibles, la Menippee circule dans la ville en état de siège, préparant l’opinion à l’acceptation d’Henri IV, bientôt converti au catholicisme. Mais présenter les choses ainsi, c’est tomber dans le piège que tend la Menipppee, car sa voix si séduisante est celle de l’évidence, celle d’une Histoire finalisée, celle d’un déterminisme autoritaire ; elle oublie sciemment les virtualités historiques. C’est donc à nous de reconstruire la vision historique ligueuse, de comprendre comment la Providence divine peut justifier la révolte et le meurtre du tyran Henri III, coupable d’aimer ses mignons plus que son peuple et les grands du royaume, comment malgré les obstacles et les défaites Dieu réserve la victoire à ceux qui le portent en leurs cœurs, comment à travers l’élection par les états se joue une élection divine du roi de France. À cela, la Satyre Menippee oppose, comme bon nombre de libelles de l’époque, une vision populiste et éclatée du mouvement ligueur face aux espoirs véritables d’union incarnés par un roi victorieux et providentiel ; par bien des côtés, elle constitue un « patchwork » des pamphlets royalistes, glanant les éléments les plus percutants et les insérant dans une structure d’accueil parfaitement adaptée : les « états du monde ». Cette tradition médiévale relativement bien connue (Mohl, Batany) met en scène la confrontation des « états », des trois ordres sociaux sous une forme souvent allégorique ; ici, ce dernier aspect est oublié ; les états sont davantage l’occasion du passage en revue des orateurs et des acteurs les plus importants de la Ligue. La remarquable multiplication des pièces adventices et des suppléments ressortit, elle aussi, à ce genre : ici, s’accumulent les descriptions des processions religieuses, du boniment de deux charlatans à l’entrée des états, de la disposition des pièces recevant l’assemblée, de leurs décorations (tapisseries et tableaux) et pour finir un recueil de vers circulant à l’occasion. Dans le corps du texte, sept orateurs se succèdent : le duc de Mayenne, lieutenant général du royaume depuis la mort de son frère le duc de Guise et chef fort contesté de la Ligue, le légat du pape, Philippe Sega, défenseur des intérêts espagnols, le cardinal de Pelvé, d’Espinac, archevêque de Lyon, le recteur de la Sorbonne Roze, le soudard Rieux soi-disant sieur de Pierrefonds et le député du tiers état d’Aubray. Les six premières harangues sont des sommets de l’éloge paradoxal : l’ironie ruine là toutes les formes d’un discours ligueur renversé, ridiculisé, carnavalisé. Les fantoches ligueurs, plus ridicules les uns que les autres dans leurs prétentions, abandonnent finalement la parole au colonel d’Aubray, haute figure parisienne et « politique ». Sa harangue (la septième et dernière) rompt avec le reste ; avec sérieux s’y développe le discours du « ligueur repenti », ramené à la raison et maintenant partisan de l’unique solution possible : le ralliement au seul vrai roi. L’origine du discours est tout à fait assignable ; elle correspond au milieu parlementaire gallican. Les attributions de ce texte anonyme vont tout à fait dans ce sens en renvoyant à Leroy, Gillot, Rapin et Passerat, tous proches de de Thou et surtout en rapprochant la harangue d’Aubray des œuvres du célèbre jurisconsulte Pierre Pithou. Cette élite savante luttait, en effet, pour que le passé puisse prendre part dans un présent dont elle se sentait hautement responsable ; dans la crise dynastique que connaissait alors la France, son arbitrage était nécessaire à la victoire, peut-être plus encore que le sort des armes : en rappelant son attachement à la loi salique et en défendant par là la légitimité d’Henri IV, le Parlement – justement travaillé par des hommes tels que Pithou – allait marquer la fin des espérances ligueuses. Dans sa confrontation aux états généraux, l’éloquence parlementaire se fait politique ; mais elle est aux « antipodes de l’éloquence sacrée telle qu’elle est déjà pratiquée par les prédicateurs, multipliant les tableaux, les caractères, les dialogismes, les prosopopées, les apostrophes et autres figures d’imagination » (Fumaroli), elle ne doit pas flatter les opinions mais avoir la force de la vérité : elle est là pour éclaircir. Pierre Pithou la définit ailleurs comme cela, mais c’est ici dans la Satyre Menippee qu’il en donne la plus parfaite illustration.
Sources : Pascal Martin.
Catégories : HISTOIRE DE L'ANCIEN REGIME;
   







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